Yoga, Gurus... et abus.

Mis à jour : avr. 3

Le Yoga Sivananda fut ma découverte du Yoga comme mode de vie, après un séjour de 20 jours dans leur Ashram au sud de l’Inde en 2013.

Vishnu-devananda, l’un des disciples de Sivananda, a grandement contribué à la propagation du Yoga en occident, et est révéré comme Guru au même titre que son maître dans leurs différents centres et Ashram dans le monde.

Sa citation « Health is wealth : Happiness is peace of mind ; Yoga shows the way. » que j’ai découverte inscrite sur un mur lors de ce premier séjour en Ashram, avait été pour moi comme un signe, et m’avait encouragée à m’engager plus sérieusement sur la voie du Yoga. Aussi ce type de Yoga a une place particulière dans ma pratique, et c’est d’ailleurs une routine inspirée de Sivananda que j’enseigne habituellement. Je me suis attachée à ces traditions et au Yoga Intégral, en comparaison aux cours que j’avais pu suivre auparavant et que je trouvais parfois trop « gym », trop posturaux.





En février j’ai passé 5 jours à l’Ashram Sivananda d’Orléans, et à un moment ma collègue de chambrée m’a lancé : « Tiens tu as appris pour Vishnu-devananda ? Il y a eu des accusations de viols contre lui en décembre et depuis c’est un vrai chambardement dans la communauté Sivananda... »

Je suis restée scotchée. J’ai dégainé mon portable pour demander à Google ce qu’il en était et oui, son assistante pendant plus de 10 ans, une anglaise de maintenant 63 ans, témoigne de ses abus répétés. Suite à ces déclarations, plusieurs autres femmes l’ont soutenue en affirmant avoir été violées « à l’époque » (Vishnudevananda est décédé en 1993).

Déglutition, désillusion, dégoût total. J’ai repensé au principe de Bramancharya, au supposé célibat des Swamis, à l’avion pour la paix que Vishnu-Devananda pilotait dans les années 70 et 80, survolant les zones de guerre en jetant des fleurs et des mantras à la place de bombes, à son « Grand livre du Yoga » que j’ai souvent recommandé et qui trône dans ma bibliothèque… Tout ça se mélangeait dans ma tête alors que son portrait était là, dans la chambre, sur les murs des couloirs, dans le Hall de méditation. Son nom que j’avais scandé encore le matin même lors du Satsang; et avant chaque début de classe, continuait de l’être par les élèves qui ne savaient pas pour la plupart, mais aussi par le staff, qui indéniablement savait.

Les abus de Bikram, d’Iyengar, de Desikachar, de Pattabhi Jois, de Satchidananda… je les savais aussi. Et maintenant lui ? C’était comme si aucun des grands noms du Yoga n’était épargné par cette crasse ignoble. Qu’est ce que cela voulait dire de cette pratique qui a changé ma vie, et qui est devenu mon métier ? En y réfléchissant, était-ce si surprenant? Ou est-ce que dès qu’il y a du pouvoir, il y a de l’abus ?

Ça faisait longtemps que je voulais évoquer ce sujet, mais j’en bouillonne tellement que j’ai dû m’y prendre à plusieurs fois…

Cependant je pense qu’il est important, urgent même, que l’on se pose ces questions. Que l’on réfléchisse aux implications de cette pratique créée par les hommes, pour les hommes. Qui est maintenant pratiquée principalement par des femmes, alors qu’un grand nombre des professeurs mondialement reconnus sont des hommes… Avec le rapport de domination que cela implique parfois, et la manipulation insidieuse sournoise et perverse qui s’instaure trop souvent...

C’est un problème global bien sûr, que l’on retrouve à tous les niveaux et dans toutes les pratiques, mais plus que jamais, en ce qui concerne le Yoga, l’époque des Gurus me semble révolue. Le savoir théorique est accessible partout, la pratique passe par l’expérience personnelle, et même si une pratique guidée est bénéfique pour différentes raisons… Faut-il pour autant s’en remettre aveuglément à une figure qui se dit spirituelle ? N’est-il pas sain de remettre en question certaines pratiques de cette science qui, comme toute chose, évolue avec le temps, se transforme avec son époque ?

En s’appuyant sur la science du Yoga, ne pouvons nous pas être nos propres Gurus ? Sur le tapis comme dans la vie.

Que l’on soit élève, que l’on soit prof, que l’on pratique chez soi ou en groupe, tâchons de garder cela en tête. Repensons les frontières « prof / élèves » - « celui.celle qui sait/ ceux.celles qui écoutent », pour s’enrichir ensemble sans tomber dans le piège de l’égo.

Nous ne sommes les maîtres de personne.

Nous sommes nos propres maîtres.

Gardons en tête que si quelque chose, un mot, un geste, m’a mis mal à l’aise pendant un cours, ce n’est sans doute pas parce que « je suis nul.le en Yoga/ je ne suis pas encore assez éveillée pour comprendre »… S’écouter avant tout. Et ne pas hésiter à prendre ses jambes à son cou.

Nous avons tout en nous. Nous n’avons besoin de la validation, de la lumière de personne d’autre que nous même. Nous pouvons nous entraider, apprendre les uns des autres.

Mais nous sommes nos propres maîtres.








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Agnès Blain

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